Ce fût quatre jours après le 19 aôut 1809, que je résolus d'aller trouver l'Empereur au palais de Schönbrunn, château impérial où il faisait
sa résidence à une lieue de Vienne ( 4km). Je m'appropriai de mon mieux et je sortis de l'hôpital de bonne heure. J'allais loué un cabriolet qui me conduisit à Schönbrunn. Il était onze heures, lorsque, j'arrivai à la grille du château; je passai près des différents postes de la Garde Impériale et de plusieurs officiers ; personne ne s'opposa à mon entrée, au contraire.
J'appris avec plaisir que l'Empereur n'était pas encore sorti et que je pourrais le voir. Alors, je m' indroduisis avec assurance dans une galerie intérieure du château, jusqu'à ce que je rencontrasse un officier de la maison qui me demanda ce que je venais faire.
Je lui fis part du sujet de ma démarche, en lui montrant mon placet. ( Écrit adressé à un roi, à un ministre pour se faire accorder une grâce, une faveur. ) que j'avais à remettre. Il me répondit qu'il voulait bien se charger de faire ma commission, mais je le priai afin qu'il
eût la bonté de me faire part de la bonté de me faire parler à l'Empereur même.
Dans ce moment, l'Empereur parut avec sa suite au bout d'une longue avenue qui aboutissait à un donjon situé sur une montagne en face du palais, ce que voyant, l'officier me dit que l'Empereur était là-haut et que je pouvais, et que je pouvais aller lui parler.
( Jacques Chevillet donne à la gloriette le nom de donjon .) Alors je suivis l'avenue et j'arrivai au haut de la montagne, vers le magnifique donjon fait tout en châssis de vitrage richement ornés ; c'était ce que l'on appel un belvédère ou lieu de plaisance.
Comme je montais les degrès du perron, je reconnus l'Empereur des Français parmi une dizaine de grands dignitaires qui l'environnaient;
je reconnus le prince Eugène ( De Beauharnais ) , vice roi d'Italie et le prince Alexandre Berthier, premier ministre, lesquels me voyaient arriver, je puis dire, avec bienveillance. je me présentai avec assurance d'un militaire sans reproche et le respect nécessaire devant de pareils chefs. Ce fût l'Empereur
qui me prévînt en m'adressant le premier la parole ; il me dit : << Que veux-tu ? mon brave garçon, approche ! >>
Alors, je tirai mon placet de mon gilet et le lui présentai en disant : << Sire, le bonheur de voire votre Majesté et l'honneur de lui faire une
réclamation. >> Dans ce moment le prince Berthier prit mon placet, le déploya et le présenta à l'Empereur qui le lut d'un coup d'oeil puis le remit au prince Eugène, en disant << Tenez, Eugène, voilà un brave de votre armée. >> Puis s'adressant à moi, l'Empereur me parla avec
l'affabilité d'un bon père de famille en me disant : << C'est bien mon enfant, j'approuve ta démarche, tu seras récompensé de tes services de manière que tu sois content ; je t'accorde une dotation de 500 Francs de rentes, sur les domaines de la couronne ; tu en recevras le brevet
pour en jouir toi et tes descendant à perpétuité. Ainsi avec ta solde de retraite, tu pourras vivre honorablement dans tes foyers.
La décoration que tu réclames ( La légion d'honneur ) ne te serais pas aussi avantageuse, puisqu'elle ne te rapportrait que 250 Francs.
Elle te conviendrait si tu restais en activité ; je ne puis te donner l'une et l'autre, vu que j'ai beaucoup de braves comme toi à récompenser. >>
Ces paroles de l'Empereur me persuadèrent suffisamment. Je lui répondis : << Sire, je suis content, vos bienfaits surpassent mon espérance, que votre volonté soit faite ! et je me souviendrai toujours de vos bontés.>>
Alors le prince Berthier me fit plusieurs questions relatives à l'hôpital ; je répondis naïvement suivant ce qui était à ma connaissance.
<< Allez, mon ami, me dit-il enfin, rétablissez-vous bientôt, la patrie n'ouliera pas ses braves défenseurs. >> Puis j'entendis le prince Eugène
qui parlait bien en faveur du 8ème régiment de chasseurs ; il disait à l'Empereur que ce régiment avait rendu de grands services, etc
Enfin je demeurai peut-être dix minutes sur les degrés du belvédères ; là, j'aimai à considérer à mon aise notre brave Empereur, le plus célèbre capitaine de l'univers, ainsi que les personnages distingués qui étaient avec lui. Tandis qu'ils parlaient entre eux, je remarquais aussi la beauté de ce donjon de verres. Je n'avais jamais rien vu de plus beau et de plus magnifique en ce genre. C'était une espèce de salon carré élevé sur des degrés de marbre blanc. Les quatre portes et les quatre angles étaient figurés par un double rang de colonnes en marbres de divers nuances. Tout le reste était en bois peint et doré. Tout était à jour et l'on voyait du dehors tous les ornements du dedans. De là, la vue portait dans une
grande étendue sur Viennes et les environs.
Remarque
: Jacques Chevillet fût blessé d'un éclat d'obus explosif qui lui sectionna une partie de son bras droit au dessus du coude qui ne tenait plus que par un bout de chair gros comme le poing et tua son cheval en lui entaillant la gorges, il resta plus de 2 heures la jambe coincée sous son cheval mort .
Il fût sauvé par deux compagnons de son régiment de chasseurs dont un particulièrement à qui Chevillet avait sauvé la vie en tuant un dragon Autrichien d'un coup de sabre qui lui même s’apprêtait à sabrer. Tout ceci se déroula le 5 août 1809 à la bataille de Wagram, il fût sauvé dans la nuit du 5 au 6 août.