Depuis plus d'un mois, l'amiral Anglais et le général Ott avaient fait proposer une entrevue au général Masséna, qui s'y était toujours refusé, mais enfin,
dominé par les circonstances, il fit dire à ces officiers qu'il acceptait. La conférence eut lieu dans la petite chapelle qui se trouve au milieu du pont de
Conegliano ( Cornigliano en fait ) et qui par sa position, se trouvait entre la mer, les postes Français et ceux des Autrichiens. Les états-majors Français,
Autrichiens et Anglais occupaient les deux extrémités du pont. J'assistait à cette scène si pleine d'intérêt.
Les généraux étrangers donnèrent à Masséna des marques particulières de déférence, d'estime et de considération, et bien qu'il imposât des conditions
défavorables pour eux, l'amiral Keith lui répétait à chaque instant: << Monsieur le général votre défense est trop héroïque pour qu'on puisse rien vous refuser!... >> Il fut donc convenu que la garnison ne serait pas prisonnière, qu'elle garderait ses armes, se rendrait à Nice et pourrait, le lendemain de son arrivée dans cette ville, prendre part aux hostilités.
Le général Masséna,comprenant combien il était important que le premier consul ne fût pas amené à faire quelque mouvement compromettant, par le vif
désir qu'il devait avoir de venir secourir Gênes, demandait que le traité portât qu'il serait accordé passage, au travers de l'armée Autrichienne, à deux
officiers, qu'il se proposait d'envoyer au premier consul, pour l'informer de l'évacuation de la place par les troupes Françaises. Le général Ott s'y opposait,
parce qu'il comptait partir bientôt avec vingt-cin mille hommes du corps de blocus, pour aller rejoindre le feld-maréchal Mélas, et qu'il voulait pas que les
officiers Français, envoyés par le général Masséna, prévinssent le premier consul de sa marche. Mais l'amiral Keith leva cette difficulté. On allait signer
le traité, lorsque plusieurs coups de canon se firent entendre dans le lointain, au milieu des montagnes!... Masséna posa la plume en s'écriant:
<< Voilà le premier Consul qui arrive avec son armée... >> Les généraux étrangers restent stupéfaits, mais, après une longue attente, on reconnut que le
bruit provenait du tonnerre, et Masséna se résolut à conclure.